Témoignage #10 Je souffrais et j’étais seule

Les Billets Libres (« Témoignages » et « Réflexions ») ne sont pas écrits au nom de Parents & Féministes. Les propos écrits sont personnels aux auteur.es, qui préfèrent souvent rester anonymes

Trigger Warnings : Accouchement en temps de covid-19, Péridurale inefficace. Ce témoignage peut être difficile à lire.

Je suis rentrée à la maternité le 6 mai 2020, veille du terme de ma grossesse, pour un déclenchement. J’habite en région Parisienne, dans le Val de Marne (94). Je précise qu’il s’agit de mon 3ème enfant et que j’ai accouché à 3 reprises au sein de cet hôpital public. 

La règle appliquée en période de Covid est la suivante : le conjoint n’est pas présent en salle de naissance avant la dilatation du col à 6 cm, il peut ensuite assister à la délivrance et rester en suites de couches. Je suis donc rentrée seule à la maternité. 

J’hésitais à accepter la péridurale, mais je ne me voyais pas gérer les contractions sans mon conjoint. La soignante accompagnante de l’anesthésiste a commencé par se plaindre de ma position pendant la pose de la péridurale, me disant que j’avais le « dos tordu. » L’anesthésiste m’a expliqué qu’il n’avait pas réussi à monter « son fil » suite à la présence d’un ligament bloquant son passage. Après son départ, la  sage femme a rompu ma poche des eaux. 

Les contractions sont arrivées très vite, elles étaient d’emblée fortes. Je me demandais pourquoi la péridurale n’agissait pas, j’ai rapidement prévenu le personnel soignant. Je précise que je connais l’effet de la péridurale, y ayant eu recours pour mes deux autres accouchements. Une infirmière travaillant avec l’anesthésiste est passée à plusieurs reprises, faisant preuve d’une réelle empathie. Elle m’a fait des injections supplémentaires mais rien ne me soulageait. 

Je souffrais et j’étais seule. 

Il m’était impossible de me saisir de la douleur et de ne pas entrer en résistance contre les contractions. Il est évident que le contexte n’était pas propice à la création d’ocytocine ! Je ne pouvais pas prendre les positions voulues pour me soulager, ni me lever à cause des perfusions. J’ai fini par pleurer, verbalisant un mal-être lié à l’absence de mon mari. La sage-femme a vérifié mon col, j’avais mal. Elle voulait que le stagiaire puisse également réaliser un toucher. Je lui ai dit que je n’étais pas d’accord, je n’en voyais  pas l’intérêt (Je précise que lors de mon accouchement précédent j’avais eu une mauvaise expérience avec une stagiaire qui avait recousu ma déchirure sans demander mon consentement. Elle avait paniqué et dû recommencer la suture, situation que j’avais mal vécue) La sage-femme m’a fait comprendre que j’exagérais de refuser l’intervention du stagiaire. Ce dernier était mal à l’aise et insistait pour ne pas intervenir sans mon consentement. Mon col était dilaté à 5/6 cm mais elle refusait toujours que mon mari vienne, me faisant part du protocole Covid. L’infirmière qui accompagnait l’anesthésiste insistait pour qu’on le prévienne. Cette femme a été ma bouée de sauvetage. 

Je sentais le bébé arriver mais la sage femme me disait que ce n’était pas possible car il était « haut » et  « qu’il y en avait encore pour au moins 1 heure de travail ». Elle est finalement allée chercher les médecins et l’anesthésiste, j’étais en fait dilatée à 9cm et le bébé arrivait réellement. Mon mari a pu accueillir in extremis son fils. 

Le bébé pesait 4,3 kilos alors qu’on m’avait annoncé 3 kilos 5. La péridurale n’a jamais fonctionné.

Une auxiliaire de puériculture est rentrée dans la salle, elle m’a demandé « si c’était mon premier bébé ? », quand je lui ai répondu que « non » elle a eu cette remarque déplacée « Ah bon ben on ne dirait pas que vous en avait eu d’autres ». Françoise Dolto considérait que l’enfant gardait en mémoire toute sa vie inconsciemment les paroles prononcées à ce moment là : « les paroles qui ont été dites s’écrivent comme des destins ». Ces propos peuvent aussi marquer le père et la mère car l’état de réceptivité est amplifié. Par la suite, les problèmes alimentaires, d’endormissement et les terreurs inexpliquées des bébés sont quelques uns des symptômes qui incitent les professionnels de la petite enfance à se faire préciser les conditions de l’accouchement pour y trouver une source d’inspiration. 

2h après mon accouchement, on m’a sondée et retiré mes perfusions. Mais comme je perdais du sang, le médecin a été appelé et il a estimé qu’une révision utérine était nécessaire. 

Quand on m’a remis le cathéter, je pleurais, j’étais à bout. Le médecin m’a dit « mais Madame pourquoi vous pleurez ? », ça me semblait pourtant évident. Il a par la suite fait preuve de plus d’empathie pendant que je subissais l’intervention. 

A la fin de l’accouchement, la sage femme m’a dit qu’elle espérait que « je garderais malgré tout un bon souvenir de mon accouchement… » 

Dans ces conditions, je n’ai pas pu accueillir mon enfant comme je l’aurais souhaité, comme je l’avais fait pour ses soeurs. J’ai vécu la mise au sein comme une corvée et non pas une connexion avec mon bébé. J’étais très triste de ces premiers instants car je sais qu’ils ont un impact sur l’attachement. 

J’ai accouché avec un masque et je me suis à plusieurs reprises faite reprendre car il était « mal mis »….

Je suis restée 3 jours à la maternité, heureusement que mon conjoint a pu être présent car j’étais incapable de me lever pour porter le bébé pendant 2 jours. Je ne comprends toujours pas pourquoi on ne frappe pas systématiquement à la porte avant d’entrer dans la chambre des familles… Certains conseils pour l’allaitement ont été bénéfiques mais d’autres ressemblaient à des injonctions infantilisantes. 

De retour à la maison, j’ai enfin pu créer un lien avec mon petit et faire mon deuil de l’accouchement souhaité. Ma rencontre fortuite avec l’accouchement sans péridurale m’a fait prendre conscience que j’étais plus forte que ce que je pensais mais je dois maintenant faire face au post-partum. Je dois gérer mes 3 enfants car l’école n’a pas repris (à cela s’ajoute l’école à la maison). Nos parents vivent à plus de 100 km et ne peuvent donc pas nous venir en aide, il semblerait qu’il ne s’agisse pas d’un motif impérieux. Encore une autre épreuve…En attendant carpe diem…. 

Marion 

Vous voulez témoigner ? C’est ici.

Un commentaire

  1. Il a été précisé que les des-parents peuvent se déplacer, a fortiori lorsqu’il s’agit d’accueillir un enfant dans la famille, même au plus de 100 km (Ministère de l’intérieur)
    Courage à vous !

    J'aime

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