Témoignage #15 Pas un jour sans que je ne revive cet accouchement horrible dès que je ferme les yeux


Les Billets Libres (« Témoignages » et « Réflexions ») ne sont pas écrits au nom de Parents & Féministes. Les propos écrits sont personnels aux auteur.es, qui préfèrent souvent rester anonymes.

Trigger Warnings : Accouchement en temps de covid-19, Péridurale non efficace, solitude post-partum. Ce témoignage peut être difficile à lire.

J’ai accouché le 1er avril dans la seule maternité de mon département et des départements voisins ayant décidé d’interdire les papas à l’accouchement.

Je vis dans le 37, département qui était peu touché par le COVID. Je l’ai très mal vécu et ne m’en suis toujours pas remise d’autant que la clinique (privée et labellisée IHAB) est revenue sur sa décision quelques jours seulement après mon accouchement, sans aucune explication et surtout sans raison médicale.

Entre l’accouchement solitaire, le séjour cloîtrée dans ma chambre, la rencontre de mon mari et de mon aîné sur le parking, et la sortie anticipée, je suis au fond d’un gouffre duquel j’ai l’impression ne jamais pouvoir remonter malgré l’aide psychologique que je reçois.

J’ai le sentiment qu’on m’a volé mes derniers jours de grossesse ainsi que la naissance de ma fille et ses premiers jours de vie. Le temps s’est arrêté pour moi le 20 mars, jour de cette décision autant incompréhensible qu’inhumaine. Depuis, pas un jour ne passe sans que je ne pleure, pas un jour sans que je ne revive cet accouchement horrible dès que je ferme les yeux.

J’ai le sentiment d’avoir été prise en otage. Et contrairement à beaucoup de témoignages que j’ai pu lire, le personnel soignant n’était pas aux petits soins.

La sage-femme présente cette nuit-là était tout simplement horrible, me reprochant de ne pas vouloir accoucher dans de telles circonstances, refusant de m’écouter et me laissant absolument seule pendant tout le travail pour gérer la douleur des contractions et ma peur. Parce que oui, j’avais peur, j’étais terrorisée face à ces couloirs déserts que j’ai dû traverser avec mes valises et mes contractions pour me rendre directement en salle de naissance sans pouvoir aller en salle de travail. Terrorisée face à mon téléphone accroché à une vulgaire perche à la table d’accouchement. Terrorisée, quand j’ai compris que j’allais réellement mettre mon bébé au monde seule, sans la main de mon conjoint à serrer alors que la péridurale ne fonctionnait pas.

Cet accouchement a été un cauchemar dont je ne parviens pas à me remettre.

Mon conjoint a dû me laisser devant la porte vitrée des urgences maternité, seule avec mes valises. Je revois cette porte qui se ferme entre nous, impuissante. Une partie de moi niait ce qui était en train de se passer, j’espérais que ces contractions soient une fausse alerte, que je me rendais seulement à un monitoring de contrôle, mais non. J’ai suivi la puéricultrice qui portait une partie de mes valises. Arrivée en salle de consultation, la sage-femme agissait comme si tout était normal, comme si mon accouchement allait bien se passer alors que moi, ma seule idée était de repartir. J’attendais qu’elle me dise que c’était une fausse alerte. Son discours, confus, a accru ma défiance, j’étais comme une enfant qui n’avait aucune liberté, aucune faculté pour choisir, j’ai tout de même pu redescendre sur le parking pour voir mon conjoint. J’ai essayé d’y rester le plus longtemps possible mais face à la douleur et au froid puisque c’était la nuit, je me suis résignée à remonter.

Là, je me suis de nouveau retrouver seule en salle de consultation, ne voyant personne, l’idée de prendre mes valises et de partir m’a traversé l’esprit. Mais pour aller où ? Le CHU refusait les patientes de la clinique et les autres maternités étaient trop loin pour m’y rendre à présent… De plus, la sage-femme est arrivée, m’a donnée une blouse, et comme une automate, je l’ai suivie dans des couloirs déserts et silencieux. A ma grande surprise, elle m’a conduite directement en salle de naissance où j’ai dû, seule, tout en gérant mes contractions, sortir les affaires de mon bébé pour les donner à la puéricultrice. La seule chose qui semblait intéresser la sage-femme était la perche que mon conjoint m’avait donnée pour pouvoir faire une visio. Mais comment rester face à mon téléphone alors que j’avais des contractions ? Pendant tout le travail j’ai été seule avec mon ballon, la sage-femme ne venait que pour me demander si je voulais la péri. Etant peu dilatée, je préférais attendre car être allongée seule sur la table d’accouchement m’angoissait encore plus.

Face à la douleur, l’angoisse et à l’insistance de la sage-femme qui me reprochait de ne plus me dilater depuis que j’avais quitté mon conjoint sur le parking, j’ai fini par accepter, me disant qu’au moins je ne souffrirai plus. Mais intérieurement j’espérais tant ne pas accoucher, ce n’était pas rationnel mais une partie de moi refusait d’y croire.

Or, suite à la pose de la péri, mon cerveau est revenu à la réalité. J’étais là, en salle de naissance, avec mon téléphone, seule et j’allais vraiment devoir accoucher. Je me suis effondrée. L’anesthésiste m’a regardée, triste, et m’a dit que tout le monde préfèrerait que ce soit autrement. J’avais juste envie de hurler, de leur dire de laisser mon conjoint monter, mais aucun son ne sortit de ma bouche. Seules les larmes ruisselaient sur mon visage. Ensuite, j’ai perdu pied. La péridurale ne fonctionnait pas et j’étais toujours seule avec ma douleur et mes peurs sans parvenir à appeler qui que ce soit car branchée de partout, je ne trouvais pas le bip.

La sage-femme est revenue quand elle m’a entendue paniquer et est repartie aussitôt chercher l’anesthésiste. Elle n’a pas compris que le problème n’était pas tant cette péridurale qui ne fonctionnait pas que la solitude et la peur auxquelles j’essayais de faire face depuis des heures.

Face à cette solitude et au manque de sollicitude, lorsque je n’ai pu faire autrement qu’admettre que l’impensable pour moi allait pourtant se produire, j’ai fait une telle crise d’angoisse que mon obstétricien a dû me donner un anxiolytique. Je précise que j’étais quelqu’un d’équilibré qui n’a jamais fait de dépression auparavant. J’étais heureuse. Cette décision m’a détruite et a bouleversé ma vie de famille.

Ma seule « chance » a été que mon obstétricien était de garde cette nuit-là. Le seul visage connu et un peu amical. Mais je ne cessais de pleurer et de crier, de douleur, de désarroi je ne sais plus. Je ne pensais pas arriver à accoucher seule. Je ne voulais pas. Mon obstétricien m’a dit que je ne l’étais pas mais si, je l’étais, un portable ne remplace pas la présence de celui avec qui vous avez conçu votre bébé.

L’anesthésiste, que je ne remercierai jamais assez est restée avec moi. C’est elle qui m’a aidée à pousser, elle qui m’a aspergée d’eau, elle qui a senti mes ongles s’enfoncer dans sa peau pour m’aider à soutenir la douleur car le travail était trop avancé pour que l’anesthésie fasse effet. Mais ce n’était pas son rôle, ce n’était pas elle que je voulais près de moi.

Ma fille est née, la joie de la voir a remplacé les pleurs et les cris mais je sais aujourd’hui qu’à ce moment là, et les deux jours qui ont suivi à la maternité, j’étais en état de choc, incapable de réaliser ce qui s’était passé. Comble de l’ironie, le jour de la naissance de ma fille, le 1er avril, un reportage au journal régional est paru. Ma clinique avait laissé entrer un journaliste à la maternité et en salle de naissance pour vanter les bienfaits de l’accouchement en visio ! Je me suis effondrée. J’étais seule dans ma chambre avec mon bébé, mon conjoint et mon fils n’avait pu la voir qu’en vidéo et un journaliste avait pu rentrer dans ces murs !

Mon conjoint et mon fils ont vu ma fille pour la première fois sur un parking 48h plus tard ! J’ai dû traverser la maternité en portant mon bébé alors que j’avais du mal à marcher pendant que des aides soignantes s’occupaient de mes valises.

Ces 48h restent gravées dans mon esprit et je suis incapable d’en parler sans m’effondrer.

Le pire est sans doute que cette solitude me poursuit car personne ne comprend et ne cesse de me dire que ce n’est pas grave puisque mon bébé et moi allons bien. Ces quelques mots me rendent folle de chagrin et de colère car ils me donnent l’impression que j’ai été, que je suis faible.

Ce moment unique et magique est désormais le pire souvenir de ma vie. Je ne le souhaite à personne.

Olympe

Vous voulez témoigner ? C’est ici.

Un commentaire

  1. Non tu n’as absolument pas été faible ! Tu as fait preuve de beaucoup de courage ! Personne ne doit accoucher dans de telles conditions ! Donner la vie n’est pas une maladie, il est donc normal d’aller bien ! Donner la vie en revanche ne devrait jamais se faire seule et doit se faire dans le respect et dans la dignité ! On nous bassine à longueur de temps que les enfants ne se sont pas fait sans leur 2eme parent, alors pourquoi avons nous interdit leur présence ? On nous a clairement volé notre accouchement mais également la possibilité de fêter la naissance de nos enfants en famille ! Que d’instant gâché, il va bien falloir que les instances médicales nous présentent leur excuses ! En tout cas en attendant la confiance est bien égratinée…

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